Savourer l'instant

Se dépayser à moins d’1 km de chez soi

Marcher une heure, dans un rayon d’un kilomètre autour de chez soi avec l’attestation requise, confinement oblige… Est-ce une entrave à la jouissance des surprises d’un ailleurs ? Cette limitation provisoire de notre liberté individuelle est aussi l’opportunité de renouer avec les plaisirs de la proximité, de porter une attention nouvelle au familier parce que « Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles », nous dit Christian Bobin.

Petit vademecum du changement de regard, donc. Et à 5 km/heure s’il vous plaît pour éprouver (un peu) les corps.

 

Apprivoiser la lenteur pour (re)découvrir et apprécier la proximité

Passée la sidération des premiers jours du confinement, une nouvelle normalité s’est peu à peu installée. Nous sommes devenus des pros du partage entre travail et famille, avons établi de nouveaux rituels partagés. Nous redécouvrons la valeur et la saveur de ce qui nous manquait le plus jusqu’à présent : du temps. Beaucoup de temps, même, de ce « temps long » dont on ne sait que faire sans culpabiliser, habitués que nous sommes à toujours courir.

Dans les rues de Senlis

La rupture de rythme ouvre des abysses qui donnent le vertige, d’autant que ce « temps retrouvé » est à consommer… confiné. Notre époque, qui se décrivait jusqu’à la mi-mars comme celle de la vitesse, qui emmenait l’humanité vers paysages inconnus en un clin d’œil, doit changer de paradigme. Que faire pour apprivoiser la lenteur et le manque de liberté imposés ? « Marcher » nous dit le philosophe Pascal Bruckner, parce que « La marche offre au corps un moment de liberté conditionnelle(*) » à  nous qui sommes entrés dans une ère complètement contre nature pour nous : l’ère de l’humanité assise. Quand la vitesse d’un véhicule transforme le voyage en simple translation, la lenteur du pas nous ouvre l’esprit à l’altérité des découvertes en chemin. « Marcher lentement permet de rencontrer profondément », dit-on. La lenteur ne se contente pas de nous faire ressentir une proximité immédiate avec le monde, elle nous révèle l’euphorie de la diversité des points de vue d’un coin de rue à l’autre, d’un coin de haie au bout du talus.

A pied ? La sensation de griserie est toujours plus forte pour peu qu’on s’attache à pénétrer « le minuscule c’est-à-dire le divers dans son infinité » (*).

(*) Pascal Bruckner dans Eloge de la marche.

 

Téléchargez le guide bienfaits de la marche

 

Se dépayser en 5 000 pas autour de chez soi

Ce que nous traversons chamboule notre conception même du dépaysement : sauter dans un avion pour s’étourdir d’exotisme organisé à l’autre bout de la planète : est-ce toujours LE graal auquel nous aspirerons post-confinement ? Au-delà de l’obstacle économique, l’éthique nous titille à grand renfort d’infos alarmantes sur notre dette écologique et la finitude des ressources naturelles. Est-il possible de concilier notre envie d’émotions fortes et le respect de l’Autre et de la planète ?  Faut-il avoir « fait » l’Australie pour « être »  (parce que « C’est le voyage qui nous fait », dixit Nicolas Bouvier dans « L’Usage du monde ») ? Certes nous pouvons avoir besoin de toucher les pierres du Colisée pour nous réapproprier nos racines latines ou celles du Taj Mahal, et de toutes ces rencontres pour nous sentir appartenir au monde…

Mais au-delà de ces parenthèses initiatiques, la crise nous aura appris à apprécier l’épaisseur de l’instant, à habiter autrement le temps. La clé ? L’attention aux détails et, tel Baloo dans le Livre de la Jungle, la capacité à s’émerveiller de peu. Prêt ? Alors de temps en temps,  quand le confinement vous pèse par trop, enfilez des chaussures confortables : 1 heure à pied dans un rayon d’un kilomètre autour de chez soi, ça fait tout de même 5 000 pas pour s’étonner.

En ville, on s’amusera à saisir le télescopage des époques à travers l’architecture, à déchiffrer les plaques de rues pour deviner l’histoire derrière la géographie. On sera sensible à la poésie du minuscule : une fleur entre les pavés, un graffiti sur une palissade, une enseigne insolite, l’odeur d’un étal de légumes de printemps…

A la campagne, on communiera avec Dame Nature par l’ouïe aussi : chants de passereaux ou de coqs sont autant de souvenirs d’enfance rafraîchissants. Mais absorbez-vous dans la contemplation d’une fleur de poirier. Rien n’est plus beau. Rien n’est plus simple. Rien n’est plus dépaysant que le luxe d’un détail qui se rappelle à nous.

Guide gérer au mieux le confinement